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GUILLAUME GARDET
Avocat médiateur - Docteur en droit

Le Cabinet Guillaume GARDET est un cabinet d'avocat de tradition généraliste implanté à Lyon dans le Rhône, en Région Rhône-Alpes.

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Le Secret professionnel a-t-il encore une chance de survivre dans notre société ?

Aujourd'hui
Le CNB mendie encore des garanties élémentaires sur les écoutes et les perquisitions. Pendant ce temps, le contenu des dossiers finit sur les plateaux. Le secret professionnel ne se défend pas en interview, il se pratique en silence.

Regard de praticien — coup de gueule

Guillaume Gardet, avocat


Le procès bis : quand une affaire se plaide autant sur un plateau télé que devant un tribunal


Il existe une chose qui s'apprend très tôt dans cet exercice, avant même le CAPA : le secret professionnel n'est pas un supplément d'âme, ce n'est pas une option de confort, c'est la condition d'existence même de la défense. Il se répète en préambule de chaque plaidoirie sur les libertés fondamentales, il se brandit dans chaque colloque, il constitue la pierre angulaire de ce qui distingue cette fonction d'un simple prestataire de service. Et pourtant, à la première caméra qui pointe le bout de son objectif, ce totem sacré se révèle étonnamment soluble dans le temps d'antenne.

La « stratégie de communication », ou quand la défense se transforme en autopromotion


Il est vendu sous l'habillage noble de la « stratégie de défense médiatique » : il faudrait occuper l'espace public pour rétablir un équilibre face à l'accusation, rappeler la présomption d'innocence, contrer un récit qui se construirait autrement sans contradiction. Le concept a sa part de légitimité, personne ne le nie. Le problème, c'est le rapport de un pour cent entre les dossiers où cette logique se justifie réellement et le nombre de fois où, calepin de citations chocs en main, il devient tentant de se ruer sur le premier micro venu dès qu'un dossier a le malheur de faire le buzz. La défense du client cède alors le pas à la construction d'une marque personnelle. Il ne s'agit plus de rétablir un équilibre informationnel, mais d'alimenter la machine qu'il s'agissait pourtant de combattre — photo, nom et numéro de standard inclus. Le client, dans cette mécanique, cesse d'être le bénéficiaire de la stratégie : il en devient le produit d'appel.

Pendant ce temps, la partie se perd méthodiquement là où cela compte vraiment


Le pire, dans cette farce, c'est le contraste avec l'état réel du rapport de force. Pendant que certains plateaux vantent le sens du secret et de la confidentialité — sans percevoir, apparemment, l'ironie de la scène —, la chambre criminelle de la Cour de cassation a, par trois arrêts rendus le même jour, le 11 mars 2025, restreint la protection du secret professionnel aux seuls actes directement liés aux droits de la défense, en excluant l'activité de conseil de son champ. Autrement dit : une partie substantielle de l'exercice quotidien de la défense vient de sortir, par la petite porte d'un arrêt technique que personne n'a commenté sur BFM, du périmètre protégé.

Sur les perquisitions et les écoutes téléphoniques, ce n'est guère plus brillant. Le Conseil national des barreaux a dû, lors de son assemblée générale des 3 et 4 juillet 2025, voter un rapport proposant — excusez du peu — de réformer les articles 56, 56-1-1 et 56-1-2 du code de procédure pénale sur les perquisitions, et l'article 100 alinéa 4 du même code sur les écoutes, faute de garanties suffisantes. Il faut le lire deux fois pour y croire : en 2025, il est encore nécessaire de demander, poliment, qu'un juge puisse exiger des indices graves et concordants avant qu'une ligne professionnelle ne soit mise sur écoute. Un droit qu'il serait permis de croire acquis depuis longtemps, et qu'il faut en réalité continuer à mendier texte après texte.

Ajoutez à cela un avis du Conseil d'État du 23 janvier 2025 retenant une lecture extensive de l'obligation de déclaration de soupçon à Tracfin — lecture que le CNB a dû combattre fermement pour éviter qu'elle ne grignote un peu plus loin le périmètre du secret — et le tableau est complet : sur tous les fronts qui comptent réellement, il faut se battre pied à pied, texte par texte, pour conserver ce qui reste de protection. Pendant ce temps, certains plateaux continuent d'afficher des trémolos de gardien du temple.

Le vrai coût de cette hypocrisie


Voilà tout le paradoxe, résumé en une phrase : pendant que le CNB doit encore quémander, texte par texte, des garanties qu'il serait permis de croire acquises depuis longtemps — un juge pour contrôler une écoute, un magistrat pour encadrer une perquisition —, il se trouve toujours un plateau pour accueillir le contenu d'un dossier en direct. Comment demander sérieusement à un législateur de mieux protéger des échanges couverts par le secret, quand ce même secret se commente, se détaille et s'expose parfois carrément en public, pourvu que cela serve l'exposition médiatique du moment ? Chaque confidence déballée sur un plateau offre gracieusement l'argument à ceux qui plaident pour restreindre encore le secret professionnel : puisque ce secret compte visiblement si peu dès qu'une caméra s'allume, pourquoi le législateur s'embarrasserait-il de plus de scrupules ?

Le secret professionnel n'est pas une pose qui s'adopte pour les journalistes et se range au vestiaire dès que le tournage se termine. C'est une discipline, un renoncement, parfois un sacrifice — celui de rester silencieux sur ce qui est confié, y compris quand ce silence coûte de la visibilité et des dossiers. L'oublier dès que la lumière rouge de la caméra s'allume, ce n'est plus défendre un client : c'est négocier sa propre notoriété avec ce qui devrait rester invendable. Et cela coûte, à tous, un peu plus de ce que d'autres s'efforcent de sauver dans l'anonymat d'un rapport de commission un mardi soir de juillet.

Tribune rédigée en vue d’exprimer une opinion strictement personnelle sur la difficulté que pose la médiatisation des dossiers judiciaires en contradiction avec le secret professionnel et le secret de l’enquête pénal, qui fait écho au combat quotidien de la profession visant à préserver l’exercice et l’effectivité dudit secret professionnel, ceci à partir de textes et décisions publics (Cass. crim. 11 mars 2025, n°24-82.517, n°23-86.261, n°24-80.926 ; rapport CNB voté en assemblée générale des 3-4 juillet 2025 ; avis du Conseil d'État du 23 janvier 2025 sur l'article L. 561-15 du code monétaire et financier — état des sources au 5 août 2026).